Mémoire
Un matin je me suis aperçu que le soleil
Ne brillerait plus pendant de longues
Années sans absinthe et sans sommeil
Un matin où je recevais cette onde
Les années se sont écoulées comme
Pendant une sorte de shoa personnelle
Et toute la souffrance pour ma pomme
Dans l’interminable succession immortelle
Des minutes et de secondes, des années
Sur le pouce avec à l’index la torture
La pub le nucléaire les OGM les denrées
De ce siècle sur l’étalage les vomissures
J’avais des projets à n’en plus finir
Un plaidoyer pour la Terre un livre aussi
Du titre « Névrose et Religion » j’avais à maudire
Ah oui à maudire chaque jeudi chaque mardi
Et puis la plume qui me démangeait jamais
Content d’une prose Névrose et Religion
Pas encore entamé et ce qui me plaisait
Encore c’était de voir la petite maison
Où je pouvais m’abriter après une marche
À travers la nuit après des semaines noires
Des années noires une décennie sous la hache
En produisant à mots khâgneux des histoires
À dormir debout ou à se plier de rire
Des lettres adressées par voie de néant
Vers les pensées d’un amour survivant
Et pourtant j’avais encore la force de maudire
Quand l’enfant qui jouait du violon
Etait assassiné quand le prix Nobel de la Paix
Etait enfermé et quand mes rêves sous l’Arraison
Etait stoppés sur le chemin qui mène à "Triolet"…
Courir à perdre haleine
Le marchand sort en hurlant de la boutique
Deux enfants viennent de commettre
Un forfait à deux sous bien pratique
L’étalage à pignon sur rue pleine la charrette
Pleine à craquer de pommes et de poires
Aussi mûres que les pêches du quinze août
Pleine à craquer sous les cris du Marat de l’histoire
La charrette immobile au bord de la route
Les petits voleurs continuent de courir
Le premier a déjà mangé la pomme
Et le second n’en va pas moins maigrir
Arrêté le premier pour la modique somme
Qu’il n’aura payé au marchand furieux
Il est arrêté par les sales types en bleu
Condamné aux barreaux ou pire en Russie
Et son cœur dans les entrelacs de la calomnie
Ne sait plus bien où sont les sentiments
Ne sait plus bien s’il a encore faim mais sait,
Sait peut-être qu’un fruit pour égarer rapidement
La mort aux trousses lui suffirait
Caché et terrifié le second voleur de pêche
Qui gratte son crâne aux mèches rêches
Il dévore la chair jusqu'à mordre le noyau
Devant lui s’étend une petite flaque d’eau
Dans la rue en face un resto plein à craquer
Il a les genoux pliés, les larmes pleines
Il a l’estomac tressé la faim et la haine
Il a mal jusqu’aux os et les yeux malmenés
C’est l’histoire de deux enfants dans le monde
À la même heure dans ce pays ou un autre
Qui seront là-bas condamnés juges immondes
Moi j’avais faim et j’ai trouvé un hôte
Mais cette chance est-elle cent fois renouvelée ?
Romain HENTZY