Le crâne ancestral

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LA LÉGENDE D'UNE TERRE

Romain 

publié le 09 February 2010 11:57 de 90.33.178.[...]
   

J’avais vu que de beaux films montraient un univers réalisable, réalisé autrefois. Je voyais des gens tristes et blêmes, et me demandais comment leur redonner vie et rêves. Je cherchais assidûment les moyens, passant par des passages mystiques. Et j’ai vécu en essayant de la montrer la légende de ma terre natale, une légende magnifique, une légende comme une légende, comme toute légende. Tous les moyens étaient bons, j’avais trouvé un sens à ma vie, donné un horizon à mes rêves. J’avais compris ce qu’était vivre, je savais que la joie pouvait être partout si on se donnait la peine d’y parvenir. Mais c’était si loin d’eux, de leur univers, de leurs préoccupations…


On m’a dit que j’étais fou quand j’étais heureux dès le matin
Et que par les chemins j’allais vendre un peu de bonheur
Ou même le donner ils ne m’ont même pas pris pour un menteur
Je disais vrai et j’avais le bonheur entre les mains

Je parlais de fête et de poésie je parlais de ce vieux moulin
Où jadis serait aujourd’hui si l’on en voulait faire quelque chose
Je distribuais du pain au levain et je distribuais des roses
Mais leurs âmes parce qu’elles sont grises n’en voulaient rien

J’avais des versets dans la tête en voyant leur mollesse
Mais ils ne voyaient que ie dans mes actes nouveaux
Pourtant je connaissais la vie avec Cendrars Vian et Soupault
Je leur donnais je crois de la lumière mieux encore qu’une messe

Avec moi les oiseaux veillaient dès l’aurore sur les chants retrouvés
Je portais le changement comme un enfant porterait de l’or
Et j’avais dans mes valises de la magie encore et encore
Car je savais qu’un nouveau souffle pouvait tous les transporter

J’allais dès l’aube rencontrer pour en parler notre peintre commune
Et je savais simplement qu’un rêve possible m’avait mis dans son destin
Pour donner à des gens de bassesses de nouveaux parchemins
Mais ils ont tout oublié d’Atlantide des Mayas des Incas et des runes

Je savais qu’en moi comme aujourd’hui encore vivait magiquement
Une légende qui était celle des hommes avant que ne les trahissent
Avec leur condescendance tueuse avant même qu’ils ne vieillissent
Des rois imbéciles et un pouvoir corrompu fait pour les riches uniquement

Je voulais en amenant sur ces terres un peu d’idées païennes
Rendre un chant de lumière aux gens qui depuis longtemps vivent ici
Mais ne dit-on pas je voulais l’oublier que nul n’est prophète en son pays
Pourtant je savais que parfois ce proverbe est un mensonge que détiennent

Des gens qui vivent pour ne rien changer à leurs mornes saisons
Alors comme nul prophète venu d’un autre pays ne voulait leur transmettre
Je jouais de tous les instruments pour enfin rallumer ce spectre
Dont je savais en marchant qu’il leur ferait voir un nouvel horizon

Mais ces gens parce qu’ils savent surtout allumer leurs télévisions
Et que je n’avais rien de ces animateurs semeurs d’effroi et d’ignorance
Ont pensé qu’il était préférable sans que la vie ne recommence
D’attendre que je retrouve allez savoir pourquoi leur commune raison

Aujourd’hui l’on me dit « Tu te souviens quand tu étais euphorique
On t’a enfermé parce que ce n’est pas normal d’être heureux
D’être si heureux alors qu’il est tellement mieux d’être malheureux
Tu te souviens quand on t’a enfermé derrière ces briques ?

C’est la seule chose qu’on a trouvé à faire pour t’éloigner de ton Amérique
Celle des indiens et des légendes qui rapprochent de la Terre
Et donnent aux humains de cultiver en chantant leurs intimes mystères
Enfin Romain tu rêves ça ne va pas la tête qu’est-ce que tu fabriques ? »

J’ai gardé des trésors dans ma caboche pour cette terre qui n’en veut point
Fallait-il que je sois prêtre pour en indiquer sans qu’on m’enferme le chemin
S’ils savaient pour leur donner ce rêve possible que je revenais de si loin
Peut-être auraient-ils simplement accepté de ne trahir les desseins divins

Au futur peut-être comprendront-ils que ce drôle de riverain
Essayait simplement quand le Printemps faisait de nouveau son apparition
De leur dire dans son langage qu’il savait comment raviver les passions
Mais alors qu’est-ce que raconte la rumeur dans ce pays sans lendemain ?

Elle raconte sans doute qu’il était fou et qu’on n’y comprenait rien
Elle raconte sûrement sans avoir changé une minute une seule sa mouvance
Qu’ici seuls les bœufs devant ou derrière la charrue avancent
Et que l’homme doit se taire communier et prier comme un bon chrétien

Elle raconte sans doute comme toujours cette contrée de France profonde
Qu’on nait et qu’on travaille qu’on soupire et qu’on dort et puis qu’on demeure
Alors voyez-vous ici pour les enfants bien avant qu’ils ne meurent
On donne en héritage de se battre ou d’être ignorants mais du monde

On ne leur propose n’y d’essayer d’en faire le tour ou d’en connaître la parade
Et les chiens fous de la veille font aux jeunes cons du matin de viles sérénades
Le dimanche ce sont les grandes bouffes et les poussiéreuses balades
Qui font de toutes les saisons de semblables et sempiternelles malades

L’hiver est alors une prison dans une Lorraine qui ne raconte plus d’histoires
On a remplacé les cheminées d’antan par des radiateurs électriques
Et alors seuls comptent à la télévision les navets maquillés et leurs mimiques
C’est à peine si l’on sait encore que sans nuage les étoiles brillent le soir

Le printemps sait à peine leur montrer la splendeur de la vie
Et les richesses que l’argent l’or et le bronze n’ont jamais su donner
C’est à peine s’ils s’émeuvent de la magie des crocus et des cerisiers
Qui pour peu de temps sont en parfait accord avec les jupons des filles

Quand vient l’été les chanceux vont griller au soleil d’un paysage
Qu’ils abîment de leurs corps presque nus sur l’étalage de la bêtise
Quelques uns cependant vont se rendre comme par surprise
En Italie visiter dans Venise les ruisseaux où le cœur parfois est plus sage

Et l’automne aura beau enchanter quelques cœurs poétiques
À la beauté des arbres qui se déshabillent viendront se coller insolents
Le retour de l’école et la pluie de septembre qui rend tout oppressant
Et s’amène par coutume blesser l’âme toujours jeune des rayons triomphants

Je voulais en ce temps là emporter avec moi pour ne pas être lâche
Celles et ceux qui comprennent qu’aujourd’hui nous sommes libres
Et laissons dans l’oubli qu’en nous ardente et vivante se trouve cette fibre
De lumière immense que la modernité cette pieuvre imbécile parfois gâche

Mais j’ai vu aussi quand on veut faire la morale à certaines habitudes
Que la colère monte et que rejaillit mille fois un cynisme mercantile
Avait-il compris Robinson solitaire quand il était sur son île
Qu’on ne peut quand on rêve empêcher du reste la Toute Savante Décrépitude

Avait-il compris en s’imprimant bienheureux dans de si nombreux livres
Qu’il était plus prudent de faire bouger la plume pour faire bouger les vies
Que de discourir et d’agir en marchant car trop peu s’en soucient
Avait-il compris qu’au prophète le monde se fait parfois comme une hydre ?

Je sais encore un peu le potentiel féérique de cette contrée si pauvre
Et j’aurais voulu donner avant de la quitter pour une autre plus chaude
Un peu de ces couleurs qui passaient par moi et le soir et à l’aube
Mais voyez-vous le monde n’a jamais demandé qu’on le sauve !



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