Le crâne ancestral

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4 Poèmes et pensées

Romain 
publié le 18 October 2009 12:07 de 90.26.185.[...]
   

INTRANQUILLITÉ


En ce lieu tout est néant et poussière
Et je passe mon temps en déplaisirs
Ce lieu de grands plaisirs naguère
Et de fête ! Il me reste à lire…

Dans ma réserve j’ai Aragon, Éluard,
Desnos, aussi, la destinée arbitraire
Je joue un peu de musique, lis René Char
Mais il me faut sortir, prendre l’air

Tout est oppressant, les objets posés
Les brûlures d’antan, sur le tableau
Et il ne reste plus rien, de l’été
Pas même la lumière, ou l’oiseau !

Caresser le chat, mordre une pomme
C’est bien peu, je n’y vis pas
À peine survis-je, un peu comme
Un vieillard avant son trépas !

Alors je peins, et peut-être, alors
Que mes tableaux, ceux-là mêmes
Valent une fortune, valent de l’or
Mais quand le saurai-je ? Je me démène

Avec si peu de force, mais du courage
Et la pluie tombe, les feuilles aussi
Vous devinez la saison ! Orage ?
Non, pas du tout, mais du souci

Souci sans objet, impatience, intranquillité
Loin les villes, loin les échanges !
Et loin la saison chaude, grandes tablées
Non juste un café, rien ne change

Les fêtes ! Sont passées, finies, envolées
Et je meurs, ici, tout se perd
Finie l’école, le temps des craies
Et des récrés, m’y voici, en enfer !

Sauvez-moi, il faut m’emporter
Vers une ville, ou le soleil,
Mais là, je ne peux plus, désenchanté
Je ne pleure pas, mais je veille.



JE POURRAIS

Je pourrais écrire des poèmes d’amour
Je pourrais chanter du matin au soir
Je pourrais mettre la musique à devenir sourd
Je pourrais essayer de la revoir

Je pourrais être un poète romantique
Je pourrais être un amant bucolique
Je pourrais être un marcheur du sable d’Afrique
Je pourrais être un danseur frénétique

Je pourrais marcher à reculons
Je pourrais me mouiller sous la pluie
Je pourrais m’offrir une grande maison
Et être l’amant dont plus d’une se soucie

Je pourrais voyager dans toute l’Europe
Je pourrais marcher sur un vieux volcan
Je pourrais vider une dizaine de choppes
Je pourrais raccommoder le firmament

Je pourrais mentir à des menteurs
Je pourrais sourire à des clowns
Je pourrais venir quand on meurt
Je pourrais faire mille ristournes

Je pourrais sauver des âmes en peine
Je pourrais manager les heures qui passent
Je pourrais dormir toute la semaine
À la belote je pourrais poser un as

Je pourrais luger sur une neige d’hiver
Je pourrais skier sur une prairie d’été
Je pourrais patiner dans un monastère
Et puis éviter de me ratatiner

Je pourrais louer un scaphandrier
Je pourrais acheter du fil de fer barbelé
Je pourrais même apprendre à tricoter
Ou bien dans un chapeau jeter les dés

Je pourrais nager dans les rues de Venise
Je pourrais cueillir du riz au Vietnam
Je pourrais redresser la tour de Pise
Je pourrais manger en disant miam miam

Je pourrais vendre des perles d’acajou
Je pourrais devenir facteur en Ouganda
Je pourrais donner à manger à des loups
Et aussi mettre les pieds dans le plat

Je pourrais sortir le dimanche après minuit
Je pourrais éplucher des cerises pour Paris
Je pourrais mettre de l’argan dans mon lit
Je pourrais toucher le piano sur le si

Je pourrais dormir sous les cyprès menteurs
Je pourrais me recueillir sur la tombe d’un monsieur
Qui voulait un harmonica et un penseur
Pour veiller son cercueil même en ce lieu

Je pourrais demander du vin pour m’enivrer
Je pourrais prier un jour qu’il fait sommeil
Je pourrais lorgner par les quatre trous de serrure
Je pourrais le lasser boire son bromure
Je pourrais en photo encadrer Simone Veil
Je pourrais demander qui se laisse aller

Je pourrais courir à perdre haleine
Je pourrais mordre à un petit bout de cuir
Je pourrais féliciter ce vieux capitaine
Et je pourrais la voir encore se faire salir

Je pourrais monter au quatrième
Là ou il n’y a qu’un troisième je pourrais
Semer une allée d’hélianthèmes
Et puis boire un jus de fruits frais

Je pourrais arrêter de dire ce que je pourrais
Et vous seriez contents que ça se finisse
Je pourrais aller à la banque et faire un prêt
Ou bien saluer cette jolie miss

Je pourrais enfin achever ce poème
Et pour tout vous dire j’ai vu l’urne d’où l’on élit
Mais là-bas au beau milieu de la ferme
On allume le gaz et l’oiseau frit

Je pourrais battre des bras ou bien des ailes
Je pourrais penser que c’est bien inutile
D’aligner des mots aussi peu cruels
Sur une page si blanche sans me faire de bile

Je pourrais vous donner du fil à retordre
Et puis de la soupe à manger
Je pourrais ordonner au chien de vous mordre
Mais il a déjà soupé

Je pourrais finir par ne plus penser
Qu’à des choses futiles ou bien désespérées
Et un ami qui viendrait klaxonner
Dans la rue voisine me ferait tout arrêter

Mais tu vois je ne fais rien de tout cela
Parce que ses reins sont meilleurs qu’un bon repas
Mais tu vois je préfère marcher vers ce lieu là
Où sombrent les pas de ce méchant cancrelat




PENSÉES DU JOUR

Le crépuscule et une porte vers les autres mondes, et il m’arrive souvent de m’en approcher, simplement, avec le regard. Je vois dans cette manifestation solaire de la fin du jour l’infini où l’on peut se laisser transporter le temps d’une méditation. Le regarder, simplement, inspirer l’air du soir en se laissant emporter là-bas, très loin, où les rêves sont sans limite. Toucher à ces mondes que nous offre ce moment, choisir où l’on veut aller ou laisser à son esprit le bonheur de découvrir quelque chose que l’on ne connait pas.

Bien différent de l’aurore, le crépuscule. Tandis que l’aurore est la première respiration du monde, le crépuscule en est l’expiration qui ouvre les portes des nouveaux mondes. Il suffit de l’accepter ainsi, de bien vouloir qu’il en soit ainsi, pour le reconnaître…

Parfois, des oiseaux traversent ce paysage, ils sont pareils à des messagers qui nous retiennent encore dans ce monde, et qui se meuvent dans ce paysage mais à l’heure du crépuscule ils ont une autre aura, on les sent appartenir à un autre règne, ils sont moins proches de nous et s’apparentent davantage à des animaux mystiques : le crépuscule fait voir les oiseaux comme s’ils étaient tout proches d’être des animaux légendaires, ou des dieux. L’alchimie du crépuscule et des oiseaux en vol laisse deviner le divin, et c’est dans cette contemplation que l’on va peu à peu s’approcher de la nuit.

Si on n’a un peu de chance, il n’y aura pas de nuage et on verra les étoiles, un autre moment magique : quelques unes déjà éteintes, et dont on voit encore la lumière, et d’autres qui sont toujours bien vivantes. Après des années à passer des heures à les regarder, j’ai fini par m’approcher d’elles, ne sentant presque plus la distance entre le ciel et moi, comme si mon âme avait en elle le cosmos : c’est un peu l’idée d’une conscience universelle, la conscience que l’on est relié au reste de l’univers, et que c’est dans cet univers que l’on prend son souffle, et qu’on l’y expire, que c’est dans cet univers que nos yeux ont la possibilité de voir.

Il est des philosophes qui doutent que la réalité existe. Pourtant, lorsqu’on se connecte le plus que l’on peut à ce qui est naturel, on doute moins de l’existence de la réalité, et même, éventuellement, d’une réalité commune, du point de vue de certaines sensations.

Je regarde par la fenêtre : les nuages passent, lentement, dans le ciel. Il fait jour, et le soleil se laisse apercevoir par moments. C’est un moment agréable, propice à des pensées positives…

Se connecter, cela peut passer par des réflexions, des paroles que l’on a entendues et des états de conscience que l’on cherche à atteindre, et même si je ne suis qu’au début d’un certain nombre de prises de conscience, il en est qui me sont déjà apparues au fil des dernières années.

Ainsi, le philosophe Giles Deleuze parlait du « cri horizontal qui frôle la Terre ». Cette expression avait fait beaucoup rire l’ami avec lequel je regardais l’abécédaire, un ensemble de trois vidéos où le philosophe interrogé par une de ses anciennes élèves, parle de philosophie, et de sa vie au travers de la philosophie, ses lectures.

C’est vrai que cette expression, en voyant le personnage, peut prêter à rire : imaginez ce vieux philosophe assis dans son fauteuil en train de discourir sur des sujets assez difficiles et qui, aux cours de ses explications, prononce des paroles plutôt insolites et incroyables. Un cri horizontal qui frôle la Terre… Et pourquoi pas une dent opaque qui croque Venus, me direz-vous !

Comment imaginer, voir ou entendre ce cri ? J’ai bien dit voir ou entendre : car à mon sens, ce cri est bien plus quelque chose de visible que quelque chose d’audible. C’est peut-être une image, mais une image qui semble bonne pour l’esprit, elle a le pouvoir d’étendre les possibilités humaines, de nous faire tendre à quelque chose de plus grand, à une autre forme de conscience…

Ce peut être la première étape, pour qui la choisira, pour « se connecter » et entrer dans une autre dimension : ouvrir les yeux et imaginer toute la surface de la Terre, et ce cri qui la frôle...



ELSA

Dans les forêts elle est le soleil de clairière
Au bord de l’océan elle est marées et vagues
Dans l’immense ville je l’ai vue partir naguère
Et nos âmes se touchent de Naples à Copenhague

Elsa petite brune en allée vers les arts
Elle est une étoile ou un astre dans mon cosmos
Et je la chante au piano ou à la guitare
Elle est ma survie dans le climatique holocauste

Elle est un alizé pour un marin en allé solitaire
Elle est une musique dans le pire des cauchemars
Elle est un poème au beau milieu de la guerre
Elle est un violon qu’on entend le soir

Elsa est un rêve éveillé et miraculeux
Elle est un amas d’étoiles que laisse voir l’éclaircie
Elle est le cadeau du plus grand de mes vœux
Elle est un rayon de soleil d’orage sur la prairie

Elle est une accalmie dans le violent tsunami
Elle est un alcool lointain, léger et enivrant
Elle est une lumière qui éloigne l’ennemi
Elle est le souffle qui emporte les voiles dans le vent

Elle est le jour si je suis la nuit ou le crépuscule
Elle est l’aurore où pousse le plus joli cantique
Elle est une abeille amie de la seule jolie libellule
Elle est une perle rare dans le sable d’Afrique

Elle est un ruisseau et l’origine de son confluent
Elle est cette princesse qui n’a pas besoin de tour
Et dont le rire est une caresse à son amant
De cette caresse naissent en moi poésie et amour

Elle est la meilleure carte dans un jeu magique
Elle est un as de trèfle et de cœur l’infinie tendresse
Elle est l’origine de l’eau et l’instrument d’un cantique
Et son cœur qui bat réalise maintes prouesses

Elle est une couverture quand l’air est glacial
Et un chemin fleuri sur une falaise d’argent
Elle est le philtre ou se détruit tout mal
Et dans son cœur seul l’amour est urgent

Elle est une danse que je ne pourrai accomplir
Que dans ses bras et sous un ciel féérique
Elle est un livre magique que je ne cesserai de lire
Et une ultime barque près du naufragé Titanic

Elle est un coquillage fin et psychédélique
Elle est mon ange pour le voyage vers tous les infinis
Une barrière de corail dans les ténèbres chamaniques
Elle est ce petit oiseau qui dort au fond du nid

Elle est un feu qui crépite sous un ciel d’été
Et un parfum parfait dans une âme en exil
Son corps est aussi lisse qu’une soie argentée
Et ses yeux sont mon refuge sur la plus jolie des iles



OU JE VAIS

Tu me dis que je tourne en rond
Mais tu sais j’ai des rêves
Je regarde les étoiles depuis le bord de l’horizon
Dans mon cœur c’est la paix, c’est la trêve

J’irais bien sur un voilier vers le Pacifique
J’irais bien en vélo jusqu’à l’océan
J’irais bien en traîneau sur l’Antarctique
Je voudrais tellement qu’on se marre comme avant

Tu sais j’ai des musiques plein la tête
Je pourrais devenir chanteur ou explorateur
Mais je crois bien que mon cœur est en fête
Et qu’il se plait à respirer de l’amour la saveur

Le ciel a belle allure même quand il pleut
J’ai tellement aimé que j’ai le vertige
Je dois être né parmi ceux
Qui font naître des rêves parmi les vestiges

Mais tu sais aujourd’hui j’ai peur
J’ai été enfermé et j’ai peur de m’en aller
Alors immobile je vaincs ma terreur
Et l’hiver vient j’attendrai l’été

A en mourir de penser à celle que j’ai laissé partir
J’ai parfois peur de rêver tu sais
Et ceux que j’aime et que je vois vieillir
Et le soleil qui encore me plaît

La lune est toujours aussi triste où vais-je aller
Mais c’est voltige dans mon âme
Tu sais aussi que l’amour m’a blessé
Et ce n’est pas une mais des milliers de flammes

Qui brûlent en moi tu sais aujourd’hui encore
La vie est là et d’après mon pendule
Les corbeaux ne sont pas partis pour annoncer la mort
Ils se sont pas encore allés vers le crépuscule