Le crâne ancestral

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Le poème de l’adieu

Romain 
publié le 18 October 2009 17:48 de 90.26.185.[...]
   

Ceci est mon dernier poème
À l’encre des yeux d’Elsa.

Le crépuscule est proche.
Et vous ne me lirez plus

Il restera les cendres des années à l’encre noire

Il restera du vin à boire quand je ne serai plus là

Mais aujourd’hui, là, en toute conscience,
Je pars

Vers des horizons meilleurs
Je passerai par un marché acheter des fleurs.

Elsa ne sera plus qu’une poussière entre mes mots,
Et j’embrasserai l’océan.

Dans les heures qui se sont écoulées
Les lourdes heures qui ne finissent jamais
J’ai été un veilleur tout près d’Aragon

Il y a des larmes qui tombent
Et des indifférences qui ne trouveront plus où s’étendre

Je pars

Vers des horizons plus beaux et vers des jardins d’hiver
Aussi vers des prunelles amies et le soleil craquant

J’ai fini de mourir

Un oiseau est mort, au bout de mon regard
Et ils sont tous partis,

Cependant que brûlait mon âme

Je laisse ma plume au berceau de ses rêveries
Dans un dernier baiser à l’insoumise

Je laisse mes tableaux à la froideur d’un atelier sans décor
Et je touche une dernière fois les touches d’un clavier noir et blanc

Je vais là où mes rêves m’attirent
Chanter des mélodies que je ne connais pas

Je vais pour arrêter de mourir
Danser en passant dans les rues
Ou marcher comme un curieux inconnu

Je pars

À la rencontre des rues un peu plus vers le sud
Je vais poursuivre un peu les hirondelles
Elles iront plus loin que moi

Mais elles reviendront

Et dans la nuit je ne serai plus un dormeur
Mais peut-être fatigué, après un ou deux labeurs

Je suivrai les rayons du soleil qui s’en vont avec les flots
Et puis je ne sais pas encore

Je pars

Le vent en poupe, un peu plus léger
Qu’autrefois

Je range une plume dans le salon des causeries
Je pars solitaire mais je pars sans guerre

J’ai sur mon épaule un petit drapeau blanc
Et dans mon sac un casse-tête tibétain

J’emporte le reste des mes fureurs
Et le souvenir de quelques poètes
J’emporte une pierre glanée au bord de la mer
Pour la lui rendre

Je quitte le son toujours le même des cloches de l’église
Et les champs mouillés d’où je revenais trempé

Je quitte ce chemin où à vélo je roulais sous l’orage
Et je pars chercher du soleil là où il brille

Je vais jouer d’un instrument nouveau
Et peut-être amener un enfant au berceau

Je vais sans remord faire éteindre mes peurs
En respirant le désert et en marchant sur la mer.



Écrire
Romain        
publié le 11 November 2009 14:26 de 90.6.201.1[...]
 

Écrire

Ecrire est donc un acte ad vitam, ou ad aeternam. Cela ne s’arrête jamais. On veut s’arrêter, et l’esprit reprend, la plume nous démange. Ainsi je vois qu’il m’est presque impossible de m’arrêter : la poésie ne me laisse de vacances que si je continue de la nourrir et m’en nourrit. Je pensais qu’il était possible de s’arrêter, comme cela, du jour au lendemain. Mais, toujours assez régulière, l’écriture reprend son cours dès lors qu’elle trouve un espace pour elle.

Et encore aurais-je épuisé tous les dictionnaires qu’encore les mots m’appelleraient à être répétés, inlassablement, sous toutes les formes, dans toutes les langues. On ne s’arrête jamais. Je disais « vous ne me lirez plus » et puis Maître Plume me rappelle que l’abandon est impossible : toujours le soleil, ou la lune, ou les arbres ou les étoiles voudront que je parle d’eux, toujours il y aura un poème à écrire, une chanson à inventer, une prose à relire, un travail à continuer.

C’est ainsi sans doute que l’on apprend le métier : on palpe d’abord les possibilités, et puis l’on expérimente les limites. S’il en est. L’encre qui coule assoiffe l’esprit de connaissance. La littérature est généreuse pour peu que l’on soit généreux avec elle. Elle rappelle sans cesse l’esprit distrait à un moment de travail, et transforme la paresse en passion.

Elle rapproche l’humain des étoiles, des dieux, et rend le soleil curieux de la vie de l’auteur : habile, il écarte les nuages pour jeter un coup d’œil au destin des poètes, au cours de la journée, puis dans la féérie crépusculaire laisse place à l’immensité de la nuit, cette « danseuse amoureuse » où la ronde de la lune fait deviner les mélodies immortelles.

La poésie m’a éveillé à la conscience des parfums, elle m’a fait tout voir et tout accepter, j’ai compris en passant où le langage était vierge ce que pouvait être l’âme humaine, non pas avec des bons et des mauvais, mais des hommes et des femmes qui suivent un chemin et agissent selon des enseignements, des croyances, des ignorances aussi, mais que même les monstres ont un jour aimé quelque chose que la Nature leur faisait voir.

Il m’arrive même, « quand le soleil me parle », de penser que l’Harmonie existe, que l’Harmonie est même parfaite, même dans les souffrances qui en font partie… Quels que soient les changements, il nous est un jour possible de penser cela : il y a Harmonie dès lors que le monde existe, que le jour laisse place à la nuit, la vie à la mort, la mort à la vie, le blanc au noir ou le noir au blanc, le microcosme au macrocosme, dès lors qu’il y a changement, existence des opposés, dès lors qu’il y a la parole et dès lors qu’il y a le silence.

Sans doute est-ce le chemin des vertus, ou celui de la contemplation, qui permet d’en prendre conscience.

« Il suffira que j’aime » ; « Il en restera bien assez pour moi » disait Boris Vian, comme s’il y avait toujours, comme le rappelle aussi Eluard, de la lumière même dans l’obscurité la plus absolue.

La poésie relie le spirituel au matériel, elle fait même du spirituel avec du matériel, du matériel avec du spirituel. Et c’est pour cela que je l’ai choisie, ou qu’elle m’a élu : rapprocher les hommes de leur idéal.

Dans la nuit une lumière se rapproche. Et l’homme qui s’enfonce dans les sables mouvants aperçoit cette lumière. Il l’appelle à lui. Ce qui le rassure c’est sa conscience de l’espace temps entre la vie et la mort, entre la lumière et le sable mouvant : s’il sait qu’il sera sauvé à temps.

Il y a toujours quelqu’un qui veille, une plante à arroser, un chemin à parcourir. Mais la poésie est aussi ce que l’on ne peut exprimer, elle est même ce qui fait voir, ressentir, entendre, toucher, sentir l’inexprimable. Elle est une eau de source, pure et magique, ou l’amour en atomes tournoie et illumine. Elle écarte les maux d’estomac, les vices et les voies maléfiques où l’esprit pourrait sombrer jusqu’à la petite lumière.

Merci à vous d’avoir lu ce que je viens d’écrire : sans vous ma plume et mon âme seraient imbibées de solitude, une insupportable solitude, si difficile à apprivoiser pour moi qui l’ai tant cherchée autrefois. Merci, et à bientôt.