Le crâne ancestral

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La môme en noir

Charlie 
publié le 15 April 2009 22:02 de 90.13.244.[...]
   

La môme en noir



Serait-elle cette plage
Parmi les dunes et les scorpions
Accoutumée à la meute sauvage
Faite de fer et de poisons


Serait-elle dans les soirs d’orage
Froide et le sable noir des océans
Reviendrait chaque jour avec ses bagages
Lui apporter les pleines valises des saisons


Serait-elle dans la nuit atypique
Voleuse de poulpes et haleuse de coquillages
Serait-elle quand le vent fuit la Baltique
Pareille au radeau qui gagne le large


Serait-elle cette plage insolite
L’élue civile des cités bourgeoises
Où les vieillards qui naguère l’habitent
Parlent des profondeurs et des arts de l'Oise


Serait-elle aux musiques infinies
La geôlière d’un trésor aux mains des spartiates
Serait-elle aux cohortes et aux lubies
La reine d’alors en couronne de cobalt


Serait-elle sur les pages qui saignent
Munie contre la foudre des lointains Aztèques
Qui montent sur les crêtes de Paris ou de la Seine
Chercher l’héritage d’assaillants sur la steppe


Serait-elle contre ceux qui envisagent
La paix par le drapeau qui flotte pour l’occase
Une plage sordide aux donjons infranchissables
Où gémit un visage et où monte l’orage


Serait-elle cette muraille que je supplie
De grâces et de providences pour ceux qui expirent
Et remuent les nuages et remuent Adélie
Où les anges s’éloignent où les démons les attirent


Serait-elle celle qu'imperturbable j’invoque
D’abaisser le canon en rangeant les fusils
Celle que j’invite au baiser d'un ubac de Roc
Dans la jungle ou la taïga, aux abords du maquis


Serait-elle princesse faite coutume et mode
A l'instar d'une fille unique en lianes et robes
A qui Voltaire par sa magie fait le désordre
Le jour du vent dans les coudes et de la vie qui dérobe


Fusse-t-elle d’Amérique ou bien des Orients
Fusse-t-elle d’Occident la falaise biblique
Qui accueille le dernier corps pour le salut d’un fervent
Qui ne l’assoit ni ne la lève, la sale bique !


Elle sera le charbon de la maisonnée magique
Elle sera la toile détruite où dansent les ombres
Elle sera le fantôme d'une pensée urgente de panique
La fiole brisée par la bombe, la tueuse écrasée de colombes


Flanchée dans la tombe, la chaise oubliée !


(NAncy, 2008)



Seras-tu...
Charlie        
publié le 16 April 2009 10:52 de 90.26.156.[...]
 

Seras-tu...


Il est venu sourire au jour maternel
L’enfant dans le feu des armes
Et voulait apporter son trésor éternel
De nourrisson pour le bonheur aux larmes


Conquérants des heures sans satiété
Les militaires faisaient des affamés
Ceux qui seraient prêts aux combats armés
En leur promettant le meilleur soleil d’été


Arrivé aux bras de sa mère l’enfant inquiet
Vit la lame entrouvrir sa gorge
Pour la promesse indéchiffrable du bébé-mets
À ces heures manquaient le sucre et l’orge


Nous irons vous dire d’oser l’infanticide
Chantaient les vont-en guerre accoutumés
Au crime des femmes au cœur empoisonné
Préférant au couffin pour l’enfant son suicide


Seras-tu stalinien autrefois bébé au bouquet de roses
Seras-tu de ceux qui éliminent la prose
De ceux par qui elle vient naturelle
Sans papier ni plume, et qu’on met dans la gamelle


Seras-tu de ceux qui affolent Arménie
Où bien qui minèrent tous ces cœurs ahuris
Seras-tu de l’enfant et son rêve le pire ennemi
Comme l'est icelui à ceux qui réclament la vie


Seras-tu criminelle aux confins d’une campagne
Faiseuse d’anges exercée dans la nuit exécrable
Femme au couteau quand l’appétit gagne
Remplaçant ton fils sur la balançoire et le sable


Seras-tu quand la guerre se rapproche
Autrement c’est certain pour une fois sans Gavroche
Capable de câlin plutôt qu’élue de l’écran fantoche
Exercée aux cultures de jasmin plutôt qu’à celle de la téloche


Seras-tu celle qu’on attend quand on est un enfant
Ou bien femme indigente faite sordide avalanche
Contre tout ce qui aime et qui danse élégant
Seras-tu celle qui enchante les trésors de Choranche


Ou bien vas-tu finalement choisir le bouton-pressoir
De ce noir télécran où danse la famine
Qui te fera haïr son joli petit cœur d’espoir
Qui connaît les saisons où les anges culminent


Seras-tu enfin une mère, fille de l’an deux mille
Pleine de mystères, de blés et de mil
Choisiras-tu l’amour, choisiras-tu les vignes
Où la grande ourse enrobée de presqu’îles


Attend ton enfant et ses divines idylles ?


(Nancy, faculté de Lettres, Hiver 2008)