Le crâne ancestral

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The Brow Fairy (une nouvelle de Michaël Valette)

John Jack Jefferson 
publié le 22 June 2009 18:27 de 65.49.14.1[...]
   

C'est très simple un homme, un Mâle je veux dire. Très basique, très plat. T'es un peu salope t'as tout compris : tu lui fais une petite pipe tu lui offre ton cul et c'est bon, t'es à jamais la courtisane courtisée qui règnera sans partage dans le pays des fantasmes de sa planète cerveau. Peu d'hommes sont capables d'amour. C'est normal, pour les pauvres l'amour est la chose la plus compliquée et la moins intéressante...

Aurélie une de mes copines d'à peine 20 piges me racontait comment salope elle avait possédé sans aucune difficulté agents immobilier avocats banquiers délégué du procureur et autres PDG. Un PDG de 50 ans, lui avait même loué un studio au centre ville, histoire de venir l'enculer quand bon lui plaisait. Un avocat l'invitait régulièrement dans des restos luxueux juste parce qu'entre le plat de résistance et le dessert il aimait se faire sucer vite fait dans les chiottes, et il voulait qu'elle avale. Le professeur de FAC était plus inventif, sont truc s'était le glory hole, il la voulait aussi en mini-jupe sans culotte, porte-jarretelle et corsage transparent sans soutien-gorge pour des virées exhibitionnistes ; celle qu'Aurélie préférait de virée elle me disait c'était dans les magasins de lingerie féminine : elle devait essayer des tenues très très sexy en laissant le rideau de la cabine entre-ouvert pour le mec qui se chauffait le bourricot, et le mec payait tous les fringues qu'elle voulait...

Il y a la vie qu'on voit, la vie des pauvres, et la vie secrète, celle des riches. Si dans la vie qu'on voit les pauvres vivront toujours misérablement, à vendre par obligation leurs âmes à la cause des riches, à vivre si peu, à survivre quoi, dans la vie clandestine certains pauvres peuvent jouir des riches, mais il faut avoir quelques prédispositions. Aurélie m'avait dit que le secret, la clandestinité, était une composante essentielle du moteur sexuel des mecs qu'elle possédait. Elle avait raison. On vit l'époque de la civilisation de la vie en triptyque. Il y a la vie publique : travailler, la vie privée officielle : avec bobonne et les enfants si on en a, et la vie privée officieuse : avec des putes où des amantes. C'est l'existence vulgarisée point à la ligne. Toute chose d'essence un peu supérieure, au delà du où ça sent la merde ça sent l'être, comme les arts par exemple, a déserté la caboche des peuples. C'est tout à fait normal en temps d'analphabétisme généralisé. C'est tout à fait commun, dans une société où Hobbes à remplacé Jésus-Christ. Aurélie elle avait pris pour exemple le PDG qui lui louait le studio. Cet homme avait certainement une gamine de son âge, et serai certainement scandalisé horrifié furieux de la savoir dans la même situation qu'Aurélie, mais ça ne l'empêchait pas mais alors pas du tout de venir 6 fois par semaine balancer son sperme de PDG dans le cul de fille impécunieuse de prolo Aurélie...

Tout compte fait c'est très simple d'être une femme, une Femelle je veux dire. Je sens bien que si j'étais né femme je serai déjà reine moi aussi. Je serai partout chez moi, comme Aurélie. Je ne travaillerai plus, comme Aurélie. Je mangerai autre chose que des boites de cassoulet et je m'habillerai autrement qu'en jeans, comme Aurélie...

Je l'aimais bien Aurélie. C'était la première fille que j'avais baisée dans ma vie. Que j'avais baisée sans payer je veux dire. Elle m'aimait bien elle aussi. Elle me trouvait différent des autres. Elle disait que j'étais un esclave avec une âme de poète, qu'il y avait eu un bug céleste, que je m'étais trompé de classe sociale, enfin que le bon Dieu avait fait une erreur, comme pour elle. Mais elle, née Femelle, s'en était très bien sortie. Moi non. J'aimais bien Aurélie. Pour plaire à l'alcoolo Aurélie se parfumait délicatement le cou au bourbon, le cou juste dessous les oreilles là. L'alcoolo c'était moi. L'alcoolo c'est toujours moi mais je ne vois plus Aurélie...

Il reste très peu de soleil dans ma tête. Il en reste tout de même. J'ai 24 ans bientôt 50 et je vois bien que ce n'est pas moi qui grandit mais le temps qui avance, indépendamment, privatisé. Il y a 3 mois si les rues de Metz étaient propres c'était grâce à moi et mes collègues, mais si j'avais eu le choix je l'aurai laissé cette ville se transformer en déchetterie. Maintenant si elles sont propres c'est seulement à cause de mes collègues, de mes ex-collègues, plus à cause de moi, j'ai changé de branche, trouvé un emploi ailleurs grâce à un vieux noble franco-américain. Je fais du gardiennage et de l'entretient. J'habite une pure propriété bourgeoise avec piscine et tennis.

Tout ce qui me rattache encore à votre société c'est l'envie d'enculer des filles, sans ce désir là je serai semblable à l'ermite et j'aurai déjà lu les trois livres sacré. Il y avait une fille qui m'aimait à Metz, elle s'appelait Caroline, elle s'appelle encore Caroline d'ailleurs. On se voyait tous les jours. Puisqu'elle m'aimait j'essayais de ne pas la décevoir, d'être à la hauteur de son amour mais c'était au dessus de mes forces. Je suis une merde, un salaud. Son cul domestiqué ne m'intéressait plus il m'en fallait d'autres. Il me fallait le cul des étudiantes que je croisais dans la rue au tout début de la matinée sur mon camion à ramasser les poubelles, le cul des étudiantes qui me regardaient même pas les connasses, moi, Mica, l'éboueur...

Le cul des filles et le whisky. Le whisky aussi me rattache à votre société. Je suis un indien, un peau-rouge. Un nez-rouge, un clown ouais un ilote. Au début on boit pour entretenir la joie, en connaître une plus intense, et c'est vrai que ça l'entretient, mais après on boit encore pour entretenir la joie mais là c'est plus la joie qui est entretenue c'est la tristesse...

Je me souviens. Quand à 13 heures j'avais fini ma journée de travail j'allais presque à chaque fois acheter une bouteille de Jack Daniel's à la supérette à coté de chez moi. Et chez moi j'y restais, je m'y enfermais, en couple avec ma bouteille. Si Caroline m'envoyait des mails parce que j'avais raté un rendez-vous je ne répondais pas. J'étais une merde, un salaud. Je voudrais l'aimer à sa juste mesure mais il me faudrait un bon milliard d'euros pour en faire une princesse. Alors je ne répondais pas et je restais avec ma bouteille et mon désir d'enculer d'autres filles. La bouteille est une maîtresse excessivement généreuse, la munificence incarnée, mais dangereuse, jalouse, possessive. Quand on a scellé avec elle son amour éternelle dans le pacte du mariage devant le prêtre de l'ennui et du dégout, après elle ne tolère plus l'adultère, c'est la dépendance. 70 centilitres de whisky vous manque et tout est dépeuplé. Là où la première femme venue peux posséder votre corps et peut-être votre coeur, la bouteille s'attaque directement à votre esprit. J'en étais plus à la téter frivole comme un gosse comme quand seulement 5 ou 6 verres m'éméchaient, comme on mordille la pointe du sein d'une amante bonne enfant quoi, mais je n'avais toujours pas eu droit à ma nuit de noce, ma nuit de noce sexuelle je veux dire. Cette nuit de noce c'est l'objet de cette nouvelle. Un souvenir...

Ma tête est posée sur l'étagère, sur l'étagère il y a toutes mes têtes. Je les choisis selon mes états d'âme, il faut faire attention très attention. Il faut être très attentif parce que si une tête est vide s'il n'y a plus de pensée dedans il faut vite mettre une autre tête et vite courir au supermarché acheter la bonne tête avec la bonne pensée dedans. Ma tête pour aller au travail est noire très noire. La pensée dedans c'est du coca-cola et elle est très froide. Quand Caroline vient me voir je mets la tête couleur rubis aux reflets grenat, la pensée dedans c'est du pinot noir et si Caroline s'approche pour me prendre la bouche c'est grâce aux fruits noirs avec prédominance sur les cerises qui se diffusent quand je parle. J'ai aussi une tête pour faire passer le temps. La pensée dedans c'est la sainte pisse mousseuse gazeuse de Gambrinus, mais ça depend, pils c'est sa pisse, ale c'est son sperme. Moi j'aime les deux pensées j'aime les deux cervelles. Mais je vais vous parler de ma tête de sodomite hétérosexuel, de la Fée Marron, la fée couleur de peau whiskey...

Ce soir là il était 16 heures 43 on était vendredi, à ma fenêtre à travers les meurtrières des volets passaient déambulaient les culs. Après deux jours d'abstinence alcooluelle, due à un découvert chez mon banquier due à la réception tardive de mon salaire, la narine dans le verre de whiskey fraichement versé fraichement secoué, moi, Mica, je suspectais les physiciens de se foutre de ma gueule...

Du premier verre de la journée, juste reniflé, surgit illico une délégation de la planète Jack Danield's, autant de minuscules et invisibles petits êtres féminins en aéronef qu'il en faut pour, par les narines, venir caresser platoniquement les neurones. Ensuite on boit. Et c'est autre chose. C'est autant de minuscules et invisibles petits êtres masculins en aéronef qu'il en faut pour, rentrés par la gorge, masser toute la surface des parois de l'estomac.

Un verre, deux verres, trois verres, la bouteille est presque terminée et à chaque verre c'est le même rituel. Une fois lancé je pourrai tuer pour l'odeur et le goût du bourdon.

Neurones et estomac bien massés, le travail terminé, pleins de sueur pour se détendre les petits êtres masculins et féminins se baignent dans le sang tiède du fleuve des veines. Les petits êtres finissent par se rencontrer, se taquiner, se mélanger, et c'est l'orgie, la partouze, le club échangiste dans le sang sous le saint patronage de Dionysos, et les petits êtres féminins à peine ensemencées propulsent leurs progénitures amorphes qui se coagulent, s'unifient, dans ma vessie et dans mon rectum. Et c'est là que, complètement saoul sur mon fauteuil, la bouteille presque vide, la lumière allumée pour ne pas me faire terroriser par les araignées et les abeilles du délirium tremens, j'entendis qu'on frappait à la porte de mon anus, qu'on hurlait, qu'on demandait à sortir. Je n'étais plus Michaël Valette non, j'étais Mica el-Olim. J'avais couru jusqu'aux chiottes. J'avais pissé, chié. Après Eve née de la côte d'Adam, voilà la Fée Marron née du cul de bibi : madamoiselle Jackline Daniel's.

La Fée Marron doublait de volume jusqu'à atteindre la taille moyenne d'une femme. Splendide. Brune, rondouillarde, nue, couleur de peau whiskey :

– Mais qu'est ce que tu fous là??? j'avais baragouiné.
– C'est la Nuit du Libéralisme Mica! J'ai été créée pour ton plaisir personnel, elle me répondait.
– La nuit du quoi???
– Je ne te plait pas? elle demandait en s'appuyant sur le mur et en me présentant son cul.
– Si si...
– Et bien alors vas-y! Encule moi! Libère en moi toutes les frustrations que tu subis quotidienement avec tout ses culs qui comme au spectacle défilent devant les vitres de ton regard.

Le socialisme par le cul. Je ne suis pas égalitaire et ça me désole. Je ne suis pas égalitaire parce que je veux enculer mais je n'aime pas me faire enculer. J'avais essayé un jour avec Caroline qui avait amené son gode. Ça avait l'air de l'amuser d'essayer de rentrer le gode dans mon cul, mais ça me faisait mal, vraiment mal. C'est faire mal que je veux en fait. Faire mal aux jeunes connes habillées sexy mais qu'on ne peux pas toucher, qu'on ne peux toucher que si on discute des heures avec, et encore, elles pourtant complètement idiotes et inintéressantes. Leur faire mal dans le cul, jouir de leur faire mal dans le cul, tenter de leur faire comprendre que leur vagin est insignifiant, aussi créateur qu'un charnier, tant qu'elles sont aussi intéressantes que la lune. Le vagin des filles ne m'intéresse absolument pas. Je suis un produit purement bourgeois.

Après avoir étalé un bon gros mollard dessus, j'avais éjaculé toute ma haine dans le cul de la Fée Marron, puis je l'avais foutue dehors, puis j'avais fini la bouteille. Une bouteille vide est toujours terrifiant. Pour avoir une idée regardez les vieilles photographies en noires et blancs des camps de concentration nazis.

Mais on était déjà samedi. Aujourd'hui je ne travaillais pas. Les oiseaux commençaient à couiner, dans deux heures se lèvera le soleil et dans quatre la supérette m'ouvrira sa caverne de Jean Baba avec ses sésames de 70 centilitres. Dans quatre heures, après sur le trajet pour la supérette avoir croisé les quantités de jeunes connes bandantes dans la rue, je retrouverai la Fée Marron. Je bande, et les bruits du monde sont sans importance...