Le crâne ancestral

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Deux poèmes : Orage et Douceur & Révérence

Romain HENTZY 
publié le 25 September 2010 15:03 de 90.33.176.[...]
   

Orage et douceur

Ce matin, n’avaient pas encore sonné six heures
Je me suis levé, suis allé fumer sous la pluie
Il pleuvait et la nuit n’était pas finie
Ce matin, alors que la maisonnée dormait
Je suis allé, calme, reposé, sur la terrasse.

Au salon ordonné, quand je suis rentré, brillait
Une lumière que j’avais allumée : elle était lasse.
Je suis ressorti, ai de nouveau fumé sous la pluie :
Comme après le spectacle, quand la troupe fut applaudie
Il ne restait rien, ou presque, de la douceur des rêves légendaires.

Ce matin, la fête était finie, mais il me restait une lumière...
Imagine, insufflais-je à la terreur qui me touchait
Imaginez, ténèbres du petit jour que mon âme assoupie
Observe… Imagine, cauchemar de cette fin de nuit
A qui mon désir s’adresse pour qu’ils rejoignent la mer
Où les vents et les vagues depuis longtemps les terrassent…

Imaginez, terreur, ténèbres et cauchemar, l’alchimie de lotus
Qui fera de vous de doux alizés, des eaux douces et du soleil
Imaginez, après que les lèvres furent vermeilles
L’orage implacable, à qui votre fragilité apparaîtra
Et qui pourtant, toujours plus impitoyable, continuera, redoublera
Sa violence toujours nouvelle : vous en serez ravis.

Je n’ai pas vu le jour se lever, endormi par la thérapeutique
C’est alors, Madame, bercé par Morphée
Qu’un petit chat, qu’on avait trouvé dans le ruisseau
Refusa, on me le dit plus tard, de venir me rendre visite :
Il est, ce siamois, un peu caractériel, mais il est beau
Il est, ce siamois, comme tombé du ciel, dans un berceau.





Révérence

Eh bien tu as vu mon cher disais-je à Plume il y a un instant à peine
De plume j’en ai une et pas des moins fines mais la voici paresseuse
Eh bien tu as vu dis-je à Plume qui est un maître et un capitaine
Si par bonheur j’avais pu écrire pour une seule bienheureuse

Eh bien oui c’est que voilà je vous l’assure quelques jours déjà
Que l’inspiration me fait dire qu’après son heure de gloire
Elle s’est faite absente en prévenant tout de même ces jours là
Comme si ma prose, était-elle blanche, avait atteint son dernier soir

Cela, voyez-vous, ne me rend pas triste, ni même morose, au contraire :
Par absence et par passion, j’en avais fait, au fil du temps, mon métier
Et aujourd’hui croyez bien de muets lecteurs pourraient bien braire
A tue-tête qu’ils sont assoiffés, je leur dirais sans ménagement vous savez

Que j’ai donné des mots à boire et des mots à manger durant des années
Qu’un fier poète alsacien m’avait encouragé de continuer sans ouïr
Les messages qu’ils soient éloges ou satyres de quelques critiques avisés
Alors dare-dare ici bas j’ai enfourché mon crayon et mes lyres

Et je suis parti par les chemins blancs et fins qu’on nomme A-quatre
Dire à qui voulait l’entendre des rimes variées qui s’embrassèrent
Se croisèrent et s’absentèrent peut-être bien pour les Carpates
Je suis parti par feuilles blanches oser quelques mots téméraires

Et puis des plus doux voyez-vous j’ai placé tellement de lignes de mots
Que mon dictionnaire et mon Bescherelle ne sont plus seulement les miens
Que mes secrets d’Italie de France en Provence ou de Navarre sont à l’eau
Ou plutôt au cerveau : j’ai puisé même, entendez-le, entre ses seins

Une prose sans structure, que de nobles marins attendent encore
Et que jamais, voyez-vous, malgré les vagues je ne leur adressai
C’est que certains, qui aiment les mots quand ils parlent des corps
M’auraient sans doute à l’image de Zacharie que je lisais

Engagé à continuer d’écrire, sans voir la belle à qui mon cœur
Offrait ses battements les plus subtils et les plus enivrés
Et que le tonnerre de Brest m’aurait ramené à la bonne heure
Si aux poètes et aux chanteurs était offert ce qu’ils ont mérité

Alors, voyez-vous, mesdames et messieurs, je n’ai, et c’est dommage
Plus rien à écrire, que de petits sacrilèges, loin des récits de sauvetage
Je n’ai, et c’est bien dommage, plus rien à écrire sur ces pages
Qu’une apostrophe à mon intention, pour explorer d’autres rivages.